Histoire érotique : notre premier club libertin, sans toucher personne
Il nous a fallu trois ans pour pousser la porte d'un club libertin, et vingt minutes, dans la cuisine, pour décider de ce que nous y ferions : rien avec personne d'autre. Une règle simple, dite à voix haute avant de partir. Restait la seule question qu'on n'ose pas se poser en couple : est-ce qu'on la tiendrait, une fois là-bas ?
On s'était dit : ce soir, on ne touche que nous
Marc et moi, c'est vingt-deux ans de vie commune, deux adolescents partis faire leurs études, et une conversation que nous avions commencée un soir de vacances et jamais vraiment terminée. Le mot « libertin » était arrivé entre nous comme arrivent les choses qui font un peu peur : en riant, pour tester. Puis il était revenu. Puis il avait fini par avoir une adresse, dans une rue calme du centre-ville, derrière une porte noire sans enseigne.
Le jeudi soir, j'avais passé une heure à lire ce que se promettent les couples qui échangent, avant de passer la porte d'un club. Nous n'étions pas venus pour ça. Mais la méthode valait pour nous aussi : on décide à froid, chez soi, pas sous les lumières et le regard des autres.
Alors le samedi, à dix-neuf heures, assis à la table de la cuisine avec deux verres d'eau, on l'a fait. Marc a posé la première phrase.
« Ce soir, on regarde. On se regarde. On ne touche personne d'autre, et personne ne nous touche.
— Même si on en a envie ?
— Surtout si on en a envie. On aura d'autres soirs pour savoir si on en a vraiment envie. »
J'ai ajouté la deuxième : si l'un de nous dit « vestiaire », on récupère nos affaires et on rentre, sans explication, sans bouder dans le taxi. Il a ajouté la troisième, et c'est celle qui m'a le plus touchée : « Et demain, on se dit tout. Même ce qui a gêné. Surtout ce qui a gêné. »
Trois phrases. On les a répétées une fois, comme on relit une liste de courses, et on s'est levés pour aller s'habiller.
Ce qu'il y avait dans la pochette
J'avais acheté la robe deux semaines plus tôt et je ne l'avais jamais sortie de son sac. Une robe noire au toucher de cuir mouillé, avec un col de dentelle qui la rendait presque sage. Dans le miroir de l'entrée, elle faisait exactement ce que j'attendais d'elle : elle me donnait l'air de quelqu'un qui sait où elle va, ce qui était loin d'être le cas.
La pochette, c'est Marc qui l'a préparée, sur le lit, avec le sérieux d'un homme qui fait un sac de randonnée. Nos pièces d'identité, parce que le site du club prévenait qu'on les demanderait. Une petite boîte de préservatifs. Un lubrifiant en format de poche, pas plus grand qu'un sachet de sucre. Il a tout aligné, puis il m'a regardée.
« On a dit qu'on ne touchait personne. On n'en aura pas besoin.
— Alors pourquoi tu les prends ?
— Parce que je préfère ne dépendre de personne. Même pour ce dont on n'aura pas besoin. »
C'était très lui. J'ai souri et j'ai fermé la pochette. Le lubrifiant ne servirait pas là-bas ; il servirait plus tard, à la maison, et nous ne le savions pas encore.
Nous avons appelé un taxi. Nous avions décidé de boire une coupe, pas davantage, et de ne pas avoir à penser à la voiture au moment de repartir. Dans le taxi, Marc a posé sa main sur mon genou et ne l'a plus bougée de tout le trajet. Nous n'avons presque pas parlé. De temps en temps, l'un de nous riait sans raison, et l'autre suivait.
La porte, le vestiaire, et une télécommande qui change de main

La porte noire s'est ouverte sur une femme d'une cinquantaine d'années, en tailleur, souriante et parfaitement ordinaire. Elle a vérifié nos papiers, demandé si c'était notre première fois, et nous a expliqué les règles de la maison en moins d'une minute. La plus importante tenait en une phrase : « Ici, un non est un non. Il ne se discute pas, et ceux qui insistent sortent. » J'ai senti Marc se détendre à côté de moi. Moi aussi.
Au vestiaire, j'ai posé mon manteau sur le comptoir, et j'ai sorti de la poche intérieure la seule chose que nous n'avions pas mise dans la pochette.
Sous la robe, depuis la maison, je portais une culotte vibrante dont le petit cœur se glisse exactement là où il faut. Je l'avais essayée l'avant-veille, seule, après avoir lu comment régler la sangle pour qu'elle ne bouge pas. En la choisissant, je n'avais vérifié qu'un critère, celui qui figure dans tous les conseils pour bien la choisir : une télécommande sans fil, qui fonctionne à quelques mètres et à travers une poche.
J'ai mis la télécommande dans la main de Marc. Pas dans sa poche : dans sa main, en la refermant sur ses doigts.
« Tu la gardes. Ce soir, c'est notre seul jeu.
— Et si tu veux que j'arrête ?
— Je te la reprends. Et je n'aurai pas besoin de te dire pourquoi. »
Il a hoché la tête. La jeune femme du vestiaire nous a tendu un jeton et deux serviettes pliées que nous n'avons jamais dépliées. Marc a regardé la télécommande dans sa paume comme on regarde une clé qu'on vient de vous confier, puis il l'a glissée dans la poche de sa veste, sa main posée dessus.
Être regardés sans être touchés
Le bar ressemblait à un bar. Des banquettes de velours bordeaux, une lumière basse, de la musique trop douce pour qu'on ait besoin de crier. Une quinzaine de couples, la plupart de notre âge, quelques-uns plus jeunes. Des gens habillés, qui parlaient, qui buvaient, qui riaient. Personne ne nous a dévisagés. C'était presque décevant, et c'était exactement ce qu'il nous fallait.
Nous nous sommes assis au comptoir. Nous avons commandé nos deux coupes. Et au moment où le barman a posé la mienne devant moi, j'ai senti le premier frémissement.
Très léger. À peine un souffle, au niveau le plus bas. J'ai tourné la tête vers Marc. Il regardait droit devant lui, l'air parfaitement innocent, et le coin de sa bouche le trahissait.
Il y a quelque chose de vertigineux à ressentir une chose aussi intime au milieu de trente personnes qui n'en savent rien. Je tenais ma coupe. Je répondais à une question du barman sur le champagne. Et, la main dans la poche de sa veste, Marc montait d'un cran, attendait, redescendait. Il avait fini par tourner la tête vers moi, et ne me quittait plus des yeux. Personne d'autre ne me touchait, et je ne m'étais jamais sentie aussi touchée.
Le salon aux vitres
Au bout d'une demi-heure, nous sommes allés voir la suite. Au fond du bar, un couloir menait à un petit salon dont une paroi était vitrée : ceux qui s'y installaient savaient qu'on pouvait les voir, ceux qui passaient savaient qu'ils pouvaient regarder. C'était la seule règle de la pièce, écrite sur un carton à l'entrée.
Marc m'a regardée. J'ai dit oui avec les yeux, puis je l'ai dit avec la bouche, parce que c'était ce que nous nous étions promis. « Oui. Mais nous deux. »
Nous nous sommes assis sur le canapé, lui contre l'accoudoir, moi contre lui. Il a sorti la télécommande et l'a posée sur sa cuisse, bien en vue, comme on pose une carte sur la table. Puis il m'a embrassée. Longtemps. Sa main a remonté le long de la robe, a trouvé la dentelle du col, s'y est attardée. De l'autre main, sans quitter mes lèvres, il a fait monter la vibration.
Derrière la vitre, des silhouettes passaient, ralentissaient, repartaient. Un couple s'est arrêté un moment, main dans la main, et nous a regardés comme on regarde un paysage. Je l'ai vu du coin de l'œil. Au lieu de me gêner, ça m'a donné une audace que je ne me connaissais pas : je me suis tournée vers Marc, j'ai défait deux boutons de sa chemise, et c'est moi qui ai pris la télécommande sur sa cuisse.
« Tu me la rends ? a-t-il demandé, amusé.
— Non. Maintenant, c'est moi qui décide du rythme. »
Je ne l'ai pas éteinte. Je l'ai gardée au niveau le plus lent, et j'ai laissé la tension faire le reste, ma bouche dans son cou, ses mains sur mes hanches, la robe qui glissait un peu sur ma cuisse. Il a ri contre ma joue, et m'a soufflé qu'il existe l'inverse : un anneau vibrant qu'un homme porte, et dont c'est la partenaire qui tient la commande. « Pour la prochaine fois. » J'ai noté le « prochaine ».
Pas ce soir, merci
Quand nous sommes revenus au bar, un couple nous attendait presque. Elle s'appelait Inès, lui Samuel, la trentaine tous les deux, beaux, drôles, parfaitement à l'aise. Ils nous avaient vus dans le salon. Inès l'a dit sans détour, avec un sourire franc : « Vous étiez beaux, tous les deux. Ça vous dirait qu'on prenne un verre ensemble, et plus si affinités ? »
C'est le moment que je redoutais depuis trois ans. Pas parce que j'avais peur de dire non. Parce que j'avais peur d'avoir envie de dire oui.
Et j'en ai eu envie, un peu. Inès avait posé sa main sur l'épaule de Marc en parlant, un geste léger, et j'ai senti monter en moi quelque chose de très ancien, qui ressemblait à de la jalousie et à de l'excitation en même temps. J'ai regardé Marc. Il m'a regardée. Nous n'avions pas besoin du mot « vestiaire ». Nous avions besoin de la phrase de la cuisine.
« Pas ce soir, a dit Marc. Merci. Vraiment.
— C'est notre première fois, ai-je ajouté. On s'était promis de rester tous les deux. »
Inès a retiré sa main de l'épaule de Marc, sans la moindre gêne. Samuel a levé son verre vers nous. « Alors c'est une très bonne première fois. Bonne soirée à vous deux. » Et ils sont repartis vers la piste. Aucune insistance, aucun regard en coin, aucun froid. Juste deux personnes qui avaient demandé, reçu une réponse, et respecté le « pas ce soir » comme on respecte une porte fermée.
Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai compris ce qu'était ce lieu. Pas un endroit où tout est permis : un endroit où tout se demande. Et où une réponse suffit.
Nous sommes restés encore une heure. Nous avons dansé, mal, en riant. Marc a récupéré la télécommande pendant un slow, et je la lui ai laissée. La règle avait tenu. Pour la première fois de la soirée, je savais qu'elle tiendrait jusqu'au bout.
Le taxi du retour, et la conversation du lendemain

Nous sommes sortis vers une heure et demie. Le jeton, les manteaux, la porte noire. Dans la rue, l'air frais m'a fait l'effet d'une douche. Le taxi est arrivé en trois minutes.
Sur la banquette arrière, j'ai posé ma tête sur l'épaule de Marc. Les lumières de la ville défilaient derrière la vitre. Il avait gardé la télécommande dans sa main, éteinte, et je sentais ses doigts jouer avec, sans jamais appuyer. Nous n'avons presque rien dit. Il a juste murmuré, à un feu rouge : « On a tenu. » Et j'ai répondu : « On a tenu. »
À la maison, nous n'avons pas allumé la lumière du salon. Tout ce que la soirée avait accumulé, tout ce que nous avions retenu sous les regards des autres, nous l'avons dépensé à deux, dans notre chambre, avec la lenteur de gens qui n'ont plus rien à prouver. Sur la table de nuit, il y avait le sachet de lubrifiant sorti de la pochette, et, rangé dans le tiroir depuis Noël, le jouet de couple que nous avions acheté ensemble après avoir lu comment on choisit un vibromasseur à porter à deux. Nous l'avions presque oublié. Il ne l'a plus été.
Ce qu'on s'est dit, le lendemain midi
Nous nous étions promis d'attendre le lendemain pour tout nous dire. Nous avons tenu cette promesse aussi. La vraie conversation a eu lieu le dimanche, à midi, devant un café trop fort.
Marc a commencé par ce qui lui avait plu : le salon aux vitres, le moment où j'avais repris la télécommande, le calme d'Inès et Samuel après le refus. Puis c'était mon tour, et j'ai dit la chose qui me pesait depuis le bar : la main d'Inès sur son épaule, et ce pincement. Pas une colère. Un pincement.
Il n'a pas minimisé. Il a dit : « Moi, j'ai eu le même, quand Samuel te regardait. » Et nous avons ri, soulagés, parce que nous avions eu peur de la même chose chacun de notre côté, sans le dire.
Nous avons ajouté une quatrième phrase à la liste de la cuisine : « Quand un geste nous fait un pincement, on le dit dans la minute, avec un mot à nous. » Nous ne savons pas encore s'il y aura une deuxième fois. Nous savons à quelles conditions il y en aurait une. Et je me suis surprise, en rangeant les tasses, à relire ce qu'on écrit sur le désir des couples installés, avec l'impression amusée d'avoir fait nos devoirs avant de lire la leçon.
On croit qu'on va dans un club libertin pour les autres. Notre première fois, nous y sommes allés pour nous, et c'est justement parce que les autres étaient là que nous nous sommes regardés comme au premier jour.
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Questions fréquentes
Que se passe-t-il lors d'une première visite dans un club libertin ?
Le plus souvent, pas grand-chose pendant la première heure, et c'est normal. On passe l'accueil, on dépose ses affaires au vestiaire, on prend un verre au bar et on observe. Les espaces où les couples se retrouvent sont séparés de la salle commune : personne n'est obligé d'y aller. Beaucoup de couples repartent d'une première soirée sans avoir participé à quoi que ce soit, et la considèrent pourtant comme réussie.
Quelles sont les règles à respecter dans un club libertin ?
Une règle domine toutes les autres : un refus est définitif, qu'il soit dit avec des mots ou d'un geste, et il ne se discute pas. On ne touche personne sans y avoir été invité, on ne photographie rien, et on respecte le règlement propre au lieu, que l'accueil présente en général à l'arrivée. Les clubs sérieux font sortir les personnes qui insistent : c'est ce qui rend le lieu sûr.
Peut-on aller dans un club libertin juste pour regarder ?
Oui. Venir à deux, rester entre soi et simplement observer l'ambiance est une façon courante de découvrir un club, et les habitués la connaissent bien. Il suffit de le dire clairement si un couple engage la conversation : « on découvre, ce soir on reste tous les deux ». Convenir de cette règle avant de partir, plutôt que sur place, évite d'avoir à la négocier au moment où la soirée devient intimidante.
Comment dire non à un couple en club libertin sans le vexer ?
Simplement, avec le sourire et sans justification : « pas ce soir, merci » suffit. Dans ces lieux, un refus poli est la norme et n'appelle aucune explication ; insister, en revanche, est mal vu. Formuler le refus au pluriel, au nom du couple, évite qu'un seul des deux porte la décision. Et un « pas ce soir » n'engage à rien : il ne promet pas une autre fois, il ferme la question pour la soirée.
Faut-il apporter ses propres préservatifs et son lubrifiant en club libertin ?
C'est plus prudent. Certains clubs en mettent à disposition, mais rien ne garantit la taille, la matière ou la marque qui vous conviennent. Emporter une petite boîte de préservatifs et un lubrifiant en format poche permet de ne dépendre de personne. Un lubrifiant à base d'eau reste le choix le plus sûr avec un préservatif en latex, et une unidose tient dans n'importe quelle pochette de soirée.
Peut-on emporter un sextoy télécommandé dans un club libertin ?
Cela dépend du règlement du lieu : certains clubs l'acceptent volontiers, d'autres préfèrent qu'on laisse ses objets au vestiaire. La question se pose à l'accueil, en arrivant, et la réponse vaut pour toute la soirée. Un modèle porté sous les vêtements, piloté par une télécommande que l'autre garde sur lui, reste le plus discret. Il se partage à deux, il ne se prête pas, et il se nettoie en rentrant.
Faut-il en parler le lendemain d'une première soirée en club ?
Oui, et de préférence le lendemain plutôt que dans la voiture ou le taxi du retour, où la fatigue et l'excitation parlent plus fort que le reste. Dire ce qui a plu, ce qui a gêné, même un détail, et ce que l'on changerait la prochaine fois. C'est cette conversation, bien plus que la soirée elle-même, qui décide s'il y aura une seconde visite, et à quelles conditions.









