Histoire érotique au bureau : la réunion de quatorze heures

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Histoire érotique au bureau : la réunion de quatorze heures

La réunion était dans mon agenda depuis trois semaines. Salle Ampère, quatorze heures, point trimestriel, huit participants. Ce qui n'y était pas écrit, c'est ce dont nous avions convenu la veille au soir, Marc et moi, dans notre cuisine, en rangeant les verres.

Le rendez-vous était déjà dans nos deux agendas

Il faut comprendre comment ça a commencé, parce que ça n'a rien d'une impulsion. Nous étions dans la cuisine, un mardi, il était tard. J'avais ouvert mon téléphone pour vérifier ma semaine et je me suis entendue soupirer devant le jeudi. Trois heures de réunion. Le point trimestriel, celui où chacun déroule ses chiffres pendant qu'on regarde par la fenêtre.

Marc a jeté un œil par-dessus mon épaule. Il a dit quelque chose comme : ce serait dommage que ces trois heures ne servent absolument à rien. Puis il a proposé. Pas frontalement, pas comme une demande — plutôt comme on pose une idée au milieu de la table et qu'on la laisse là, à disposition, en continuant à essuyer un verre.

J'ai dit non. J'ai dit non pendant à peu près quatre minutes, et j'ai commencé à poser des questions pendant la cinquième, ce qui n'est pas exactement la même chose qu'un non. Comment. Quand. Qu'est-ce qui se passe si. C'est à ce moment-là que nous avons cessé de plaisanter et que nous avons commencé à décider.

Ce que nous avons établi tient en trois phrases, et je les redis parce que je crois qu'elles font toute la différence entre une bonne idée et une mauvaise. La première : c'est moi qui garde la commande, du début à la fin, et personne d'autre. La deuxième : si j'arrête, j'arrête, et il n'y aura aucune question le soir. La troisième : on s'en reparle le jeudi soir, quoi qu'il arrive, même si je n'ai rien fait du tout.

Je me suis demandé, plus tard, pourquoi j'avais tenu si fort sur ce point alors que je n'avais aucune raison de me méfier de lui. La réponse m'est venue en préparant le petit déjeuner le lendemain. Ce n'est pas une question de confiance dans quelqu'un, c'est une question d'information. Pour décider s'il faut arrêter, il faut voir la pièce : savoir qui vient d'entrer, si la porte est restée ouverte, si l'on va vous demander quelque chose dans les dix secondes. Aucune de ces informations ne traverse trois cents kilomètres. Confier la décision à quelqu'un qui ne les a pas, ce n'est pas lui faire confiance, c'est lui demander de deviner.

Marc a trouvé la première un peu décevante. Je l'ai vu à sa tête. Il aurait aimé tenir quelque chose, être ailleurs et savoir que quelque chose se passait par sa volonté. Il ne l'a pas dit comme ça, il a dit « d'accord », et puis il a ajouté qu'il comprenait. Je crois qu'il comprenait vraiment. Ce n'était pas une question de confiance entre nous, c'était une question d'endroit du monde : à quatorze heures, jeudi, il serait dans un train, et moi dans une pièce avec sept personnes dont deux que je ne connais pas bien. Ce n'est pas un endroit où l'on confie une décision à quelqu'un qui ne voit pas la pièce.

Et puis il y a cette chose que je n'avais pas anticipée en disant oui, et qui m'est revenue en pleine figure le mercredi. Dans mon agenda, la réunion suivante était déjà là. Même salle, même heure, dans quinze jours. Le point trimestriel a un rythme, et ce rythme est écrit, publiquement, dans un calendrier que n'importe lequel de mes collègues peut ouvrir. Quoi qu'il se passe jeudi, je savais exactement quand je reverrais les mêmes personnes, dans la même pièce, autour de la même table. À la minute près.

C'est ce détail, je crois, qui a rendu la chose sérieuse. Quand on rencontre quelqu'un un soir, on ignore si on le reverra. Là, non. Là, c'est inscrit.

Ce que j'ai emporté, et ce que je n'ai pas emporté

Un sac en cuir ouvert sur un lit défait au matin, un chemisier plié et un trousseau de clés à côté ; devant le sac, un mini vibromasseur rose et un œuf vibrant violet dont la télécommande noire ressemble à un porte-clés.
Le sac posé sur le lit, ouvert. Deux objets seulement, et le second n'a l'air de rien.

Le jeudi matin, j'ai posé mon sac ouvert sur le lit et j'ai réfléchi plus longtemps que je ne l'aurais avoué.

Le premier tri s'est fait tout seul, et il n'avait rien de romantique. J'ai écarté tout ce qui fait du bruit. Je ne parle pas du bruit qu'on imagine, cette sorte de ronflement de film ; je parle de ce que j'avais vérifié la veille, assise sur le bord de la baignoire, en tenant les choses à dix centimètres de mon oreille. Ce qu'on découvre en faisant ça, c'est que la question n'est presque jamais l'objet. C'est ce sur quoi il est posé. Contre le rebord de la baignoire, l'émail transmettait tout et transformait la pièce en caisse de résonance. Au creux de la main, plus rien. Contre le corps, sous un vêtement, encore moins. J'ai fini par comprendre que je ne choisissais pas un objet silencieux, je choisissais un objet qui ne toucherait aucun meuble de la journée. Le site a un rayon entier construit sur ce critère, et la sélection des modèles silencieux m'a fait gagner une demi-heure ; il existe même un article qui compare ce qui s'entend et ce qui ne s'entend pas, que j'avais lu deux jours plus tôt sans imaginer m'en servir aussi vite.

Le deuxième tri a été plus intéressant, parce qu'il portait sur une chose à laquelle je n'avais jamais pensé : ce qui allume.

J'avais un modèle très bien, précis, avec des réglages fins. Il se pilote depuis une application. Je l'ai reposé dans le tiroir, et j'ai mis un moment à formuler pourquoi. Puis c'est venu d'un coup : mon téléphone n'est pas mon téléphone. C'est un appareil professionnel, il affiche mes notifications, et à quatorze heures il serait posé écran vers le haut à côté de mon carnet, dans une pièce où l'on projette régulièrement un écran sur le mur. Je ne voulais pas d'une application. Je ne voulais rien qui puisse apparaître, vibrer, s'annoncer. Si l'on doit choisir entre un réglage précis et un support qui ne dit rien, au bureau, le support gagne à chaque fois. C'est d'ailleurs à peu près le seul critère qui compte, et le comparatif des modèles connectés le dit à sa manière : la finesse de l'application n'a de valeur que là où l'on peut sortir son téléphone.

Alors j'ai pris un boîtier. Un vrai, en plastique, avec deux boutons et rien d'autre. Pas d'écran, pas de voyant, pas de bip à l'allumage. Il est plus petit qu'une clé de voiture et, posé au fond d'une poche avec deux pièces de monnaie, il ressemble exactement à ce qu'il n'est pas. Le rayon des modèles à télécommande est plein de ces objets-là, et leur promesse tient en trois mots : rien à installer.

Restait le vêtement, et là j'ai fait exactement l'erreur que l'on fait toujours. J'ai commencé par sortir ce que j'avais de plus ample, une jupe large, en me disant que ça cacherait tout. Puis je l'ai remise sur son cintre. Ce qui se voit, dans une salle de réunion, ce n'est jamais le vêtement : c'est la posture. Une jupe large invite à bouger, à croiser les jambes, à se réinstaller — et ce sont ces mouvements-là qu'on remarque, pas un relief que personne ne cherche. J'ai mis un pantalon droit et une veste, c'est-à-dire ce que je mets tous les jours, et je crois que c'est la décision la plus utile de la matinée. Il n'y avait rien à cacher. Il fallait juste qu'il n'y ait rien à changer.

Ce que je n'ai pas emporté m'a demandé autant de réflexion. Pas d'étui rigide qui tinte. Pas de pochette en tissu clair. Et surtout, rien que je ne puisse rapporter chez moi le soir même. C'est la contrainte du bureau que personne ne mentionne : on ne laisse rien. Il n'y a pas de tiroir à soi, il n'y a pas d'endroit qui ne soit vu par quelqu'un un jour ou l'autre, et il n'y a pas de matin où l'on se dit tranquillement qu'on récupérera ça plus tard.

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Treize heures cinquante, salle Ampère

Je suis arrivée dix minutes en avance, ce qui ne me ressemble pas, et j'ai compris en poussant la porte que ces dix minutes étaient une erreur.

La salle Ampère est une boîte de verre. Trois cloisons vitrées sur quatre, des stores à lamelles qu'on ne ferme jamais parce que quelqu'un a décidé un jour que la transparence faisait partie de la culture de la maison. Une table claire, très longue, dix chaises, un écran au fond. À une heure cinquante, il y avait le soleil d'octobre en travers de la table, et personne.

J'ai choisi ma place avec un soin ridicule. Pas au bout : au bout, on est face à tout le monde. Pas près de l'écran : près de l'écran, on se lève pour montrer des choses. Le troisième siège du côté droit, dos à la cloison pleine, face aux stores. De là on voit entrer les gens, ce qui est exactement ce dont j'avais besoin.

J'ai passé mon badge sur le lecteur pour entrer, comme tous les jours, et pour la première fois en six ans j'ai pensé à ce que faisait cette petite diode verte. Elle enregistre. L'heure, la porte, le nom. Ce n'est pas une surveillance, personne ne lit ça, mais c'est une trace, et une trace existe indépendamment de qui la regarde. C'est l'une des choses que je n'avais lue nulle part et qui m'a occupée dix bonnes minutes : au bureau, on laisse des traces sans le vouloir, tout le temps, et la seule chose qu'on maîtrise est celles qu'on choisit d'ajouter. D'où ma règle du matin, qui n'était pas de la pudeur mais de la logistique : rien ne reste ici, rien ne se range dans un tiroir, rien n'attend demain.

Il y avait une autre chose à peser, et elle est moins agréable à écrire. Ce qui se jouerait si quelqu'un comprenait ne serait pas une gêne passagère. Je travaille avec ces gens, certains depuis six ans ; il y a des promotions, des évaluations, des déjeuners où l'on raconte les week-ends. Une réputation professionnelle n'est pas une chose dont on discute, c'est une chose qu'on a ou qu'on n'a plus. J'ai regardé cette éventualité en face pendant que la salle se remplissait, et j'ai constaté qu'elle ne me faisait pas changer d'avis — à une condition, la même que depuis le début : que je puisse arrêter avant, et pas après.

Ils sont arrivés par grappes, avec des gobelets. Il y a eu les phrases habituelles sur la lumière, sur la chaleur inhabituelle pour la saison, sur le trafic. Quelqu'un a demandé si tout le monde avait reçu l'ordre du jour. Une collègue s'est assise à ma droite en posant son ordinateur si près du mien que nos deux chargeurs se sont retrouvés dans la même prise. Je me souviens d'avoir pensé, très clairement : voilà, c'est fait, je ne peux plus reculer sans que ça se voie.

Ce qui n'était pas vrai, d'ailleurs. Je pouvais reculer à n'importe quelle seconde, et personne n'en aurait rien su. C'est la différence entre se sentir engagée et l'être. J'avais la main gauche dans ma poche depuis que j'étais assise, et le boîtier était tiède parce que je le tenais depuis trop longtemps.

À quatorze heures deux, la personne qui animait a dit : bon, on va commencer.

Le point numéro trois de l'ordre du jour

Les deux premiers points ont duré une éternité et je n'ai rien fait. Je dis ça pour être honnête, parce que dans les histoires que j'ai lues, il y a toujours quelqu'un qui appuie tout de suite, et ce n'est pas ce qui se passe. On regarde des tableaux. On prend des notes qu'on ne relira pas. On hoche la tête. Et on attend, sans savoir exactement quoi.

Ce qui a changé, c'est la lumière. À quatorze heures quarante, le soleil est descendu sous la lamelle et il est venu se poser en bandes sur la table, sur les mains de tout le monde, sur le bois clair. Il faisait chaud d'un coup. Quelqu'un a dit qu'on devrait peut-être fermer un peu, personne ne s'est levé.

Le point numéro trois s'appelait « projections ». Je n'ai pas besoin de le préciser, mais c'est vrai, et j'y ai pensé.

Alors j'ai appuyé une fois. Le premier réglage, le plus bas, celui qu'on choisit chez soi en se disant qu'on ne sent rien.

On sent. On sent parfaitement, et d'une façon que je n'avais pas prévue : ce n'est pas l'intensité qui compte dans une pièce comme celle-là, c'est le fait qu'elle soit là. Une chose continue, régulière, qui ne s'arrête pas quand on cesse d'y penser — sauf qu'on ne cesse pas d'y penser. J'ai gardé les deux mains sur la table. J'ai tenu mon stylo. J'ai regardé la personne qui parlait avec une attention qui devait paraître formidable et qui n'était, à ce moment-là, que de la statique.

Le plus étrange n'était pas là. Le plus étrange, c'était le silence de la pièce. Une salle de réunion, quand personne ne parle, ne fait aucun bruit du tout : pas de musique, pas de ventilation, rien. Chez soi on ne mesure jamais à quel point le monde est bruyant en permanence. Là, il y avait le stylo de quelqu'un, un raclement de gorge, et c'est tout. Et dans ce silence-là, je savais avec une certitude absolue que l'objet, lui, ne faisait aucun bruit — parce que je l'avais vérifié la veille, assise sur le bord d'une baignoire, comme une personne sérieuse. Si je ne l'avais pas fait, je crois que je n'aurais jamais appuyé.

J'avais aussi sous-estimé une chose très prosaïque : la durée. Chez soi, ces objets servent dix minutes. Là, il était question de trois heures, et une batterie ne dure pas trois heures. Je le savais, je l'avais vérifié, et c'est pour ça que je n'ai appuyé qu'au troisième point et par intervalles de quelques minutes. Ce n'est pas de la retenue, c'est du calcul. On ne pense jamais à ça en lisant des histoires, et pourtant c'est ce qui décide du déroulé réel d'un après-midi : pas le désir, l'autonomie. Les rayons donnent cette information quand on la cherche, et sur les petits formats elle varie du simple au triple d'un modèle à l'autre.

Il y a eu un moment, vers quinze heures, où j'ai failli rire. La personne qui présentait expliquait qu'il fallait « tenir le rythme sur le dernier trimestre », et j'ai dû baisser les yeux sur mon carnet comme si je prenais une note capitale. C'est peut-être ce que je n'attendais pas du tout : ce n'était pas seulement troublant, c'était par moments franchement drôle, et il a fallu gérer ça aussi.

Deux fois, la personne à ma droite s'est penchée vers moi pour me montrer une ligne sur son écran. Deux fois, j'ai lu la ligne, j'ai dit quelque chose de sensé, et elle s'est redressée. Il ne s'est rien passé. C'est peut-être le détail que je retiens le plus : il ne s'est rien passé, à aucun moment, et pourtant tout se passait.

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La question qu'on m'a posée

À quinze heures dix, on m'a posé une question.

C'était mon dossier, elle était prévisible, j'aurais pu y répondre en dormant. Sauf que répondre suppose de parler, et parler suppose de contrôler sa voix, son souffle et le rythme de ses phrases, c'est-à-dire précisément les trois choses dont je n'étais plus tout à fait propriétaire.

J'ai eu une seconde de vide. Une vraie. Et pendant cette seconde-là, ma main gauche est allée dans ma poche et a tout arrêté.

Je veux insister là-dessus, parce que c'est le seul endroit de cette histoire où je me sens vraiment quelque chose à dire. Ce n'était pas dramatique. Il n'y a pas eu de panique. J'ai simplement pu décider, à la seconde où j'en ai eu besoin, sans écrire à personne, sans sortir un téléphone, sans négocier avec quelqu'un qui se trouvait à trois cents kilomètres et qui n'aurait pas pu comprendre ce qui se jouait dans la pièce. Le bouton était à six centimètres de ma main et il ne servait qu'à moi.

C'est pour ça que nous avions décidé, Marc et moi, que je garderais la commande. À l'époque, dans la cuisine, ça ressemblait à une clause technique. À quinze heures dix, c'était toute la différence entre un jeu et une mauvaise situation.

J'ai répondu. Correctement, apparemment, parce que la conversation est passée à autre chose et que personne ne m'a regardée bizarrement. Puis j'ai attendu deux minutes, le temps que ma voix redevienne entièrement la mienne, et j'ai rappuyé une fois.

La réunion s'est terminée à quinze heures cinquante. Les gens se sont levés en parlant du prochain point. J'ai rangé mon carnet lentement, très lentement, et je suis restée seule dans la salle Ampère avec le soleil devenu orange et les chaises tournées n'importe comment. J'ai attendu que le couloir se vide. Puis je suis allée aux toilettes du troisième, celles que personne n'utilise, et j'ai récupéré ce qui devait l'être, parce que c'était la règle que je m'étais donnée le matin : rien ne reste ici.

Le lendemain, même salle, même heure

Une table de chevet le soir, lampe allumée et veste posée sur le coin, un verre d'eau et un stimulateur clitoridien fuchsia en forme de fleur posé au centre du plateau.
Le soir, à la maison. Ce qui n'a plus besoin d'être silencieux.

Le soir, nous en avons parlé. C'était la troisième phrase de notre accord, celle que j'avais trouvée un peu solennelle en la formulant, et c'est celle qui a le plus servi.

Marc voulait savoir. Évidemment. Mais ce qu'il voulait savoir n'était pas ce que je croyais : il ne m'a pas demandé si ça m'avait plu, il m'a demandé si j'avais eu peur à un moment. J'ai dit oui, une seconde, à quinze heures dix. Il a hoché la tête et il a dit : alors c'est bien que ce soit toi qui l'aies eu. Nous n'avons pas eu besoin d'en dire davantage.

Le lendemain matin, j'ai retrouvé les mêmes personnes devant la machine à café. Quelqu'un m'a dit que j'avais l'air en forme en ce moment. J'ai répondu que c'était la lumière d'octobre. Et j'ai ouvert mon agenda, comme tous les matins, et j'ai vu ce que j'avais vu le mercredi d'avant : le point trimestriel suivant, même salle, même heure, dans quinze jours. Avec les mêmes noms dans la liste des participants.

Voilà ce que je n'avais lu nulle part, et qui est pourtant la chose la plus évidente du monde. Quand cela se passe ailleurs, on se demande si l'on se reverra. Au travail, la question ne se pose jamais : on se reverra jeudi, à quatorze heures, et le calendrier l'a décidé avant nous. Ce n'est ni romantique ni inquiétant. C'est simplement une donnée, et elle change tout, parce qu'elle oblige à choisir ce qu'on fait d'un souvenir qu'on va croiser tous les quinze jours dans la même pièce.

Je m'attendais à ce que la salle Ampère me fasse quelque chose, la fois suivante. En réalité non, ou alors très peu. Ce qui a changé n'est pas la pièce, c'est ma façon de regarder l'agenda. Une réunion n'est plus tout à fait un bloc gris dans une semaine : c'est un endroit et une heure où je serai, avec des gens précis, et où il peut se passer quelque chose qui ne regarde que moi. Je ne crois pas que ce soit une découverte extraordinaire. Je crois simplement que personne ne me l'avait dit.

Nous avons choisi, Marc et moi, de ne pas en faire une habitude. Pas par prudence — parce qu'une chose qui se répète cesse assez vite d'être ce qu'elle était, et que la valeur de cet après-midi-là tenait beaucoup à ce qu'il n'était pas prévu de recommencer. Il reste que j'ai gardé le boîtier. Il est dans le tiroir de l'entrée, avec les clés, et il continue de ressembler à ce qu'il n'est pas.

Le soir même, en rentrant, j'avais commencé par le nettoyer et le faire sécher avant de le ranger, ce qui est l'ordre des choses même si c'est l'inverse qu'on a envie de faire ; il existe une fiche entière sur l'entretien de ces petits formats, et elle a raison de dire que c'est le séchage qui compte, pas le lavage. Puis j'ai ouvert le tiroir de la table de nuit, où rien n'a jamais eu besoin d'être silencieux, et j'ai pris tout autre chose.

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FIN

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Alvaro Benitez, rédacteur bien-être intime chez Intimae

À propos de l'auteur · Alvaro Benitez

Rédacteur bien-être intime chez Intimae

Alvaro écrit les guides et les récits d'Intimae. Les histoires publiées ici sont des fictions : les personnages et les situations sont inventés, les objets qui y apparaissent sont réels et viennent du catalogue de la boutique.

Envie de choisir le vôtre ?

Rien de ce que raconte cette journée ne tient à un modèle précis. Mais le jour où l'on en cherche un pour ce genre d'usage, deux critères suffisent à trier : ce qui ne s'entend pas, et ce qui se commande sans téléphone. Voir le rayon télécommandé ou le guide pour choisir.

Questions fréquentes

Un objet vibrant s'entend-il vraiment dans une pièce fermée ?

Cela dépend du support bien plus que du moteur. Posé sur une table ou un plateau, un objet transmet sa vibration au meuble, qui se comporte alors comme une caisse de résonance. Porté contre le corps, sous un vêtement, il est presque toujours inaudible à un mètre. C'est la raison pour laquelle les fiches produit parlent de « compact » et de « silencieux » sans jamais donner de décibels : la mesure dépendrait autant de la pièce que de l'appareil.

Télécommande ou application : qu'est-ce que cela change au travail ?

Un boîtier fonctionne sans réseau, sans compte et sans écran. Une application, elle, vit sur un téléphone — qui peut afficher une notification pendant un partage d'écran, et qui, sur un mobile professionnel, n'appartient pas toujours à celui qui le porte. Au bureau, la question n'est donc pas la finesse du réglage mais le support : une télécommande physique ne laisse rien apparaître.

Comment arrêter si ce n'est plus le moment ?

En gardant la commande soi-même. C'est le point le plus simple et le plus souvent oublié : si la personne qui porte l'objet tient aussi le boîtier, elle peut tout interrompre en une seconde, sans explication et sans avoir à écrire à quiconque. Un accord pris la veille ne vaut que s'il reste révocable à chaque instant de la journée.

Peut-on porter ce genre d'objet toute une journée ?

Rien ne l'impose, et ce n'est pas l'usage le plus confortable. Un objet porté longtemps chauffe, glisse et finit par se faire oublier — ou par gêner. Le plus praticable reste une durée courte et décidée à l'avance, avec un moment prévu pour le retirer. Une batterie se vide aussi : mieux vaut savoir combien de temps tient la sienne avant de compter dessus.

Que faire de l'objet une fois la journée finie ?

Le nettoyer avant de le ranger, pas l'inverse. Un objet porté au contact du corps se rince à l'eau tiède avec un savon doux ou un nettoyant dédié, puis se sèche complètement : c'est le séchage, plus que le lavage, qui évite les mauvaises surprises. Une pochette ou un étui fermé vaut mieux qu'un fond de sac, où il se raye et s'allume tout seul.

Et si quelqu'un s'en apercevait ?

C'est la crainte qui revient le plus souvent, et elle se traite avant, pas pendant. Choisir un objet sans lumière, sans signal sonore de mise en marche et sans télécommande à écran règle l'essentiel. Le reste est une question de décision : ce qui se joue là ne regarde que les deux personnes qui en ont convenu, et il n'existe aucune obligation de continuer si le contexte change.